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Mel LESBATS
Mel Lesbats sculpte l’instable, l'intra-action et la fragilité à la friche portoise de La Réunion.
Attention, les horaires d’ouverture peuvent varier tenant compte des jours fériés et des événements spéciaux. Vérifier sur le site de l'organisateur
La Friche
1 Rue de la Poste, Le Port 97420, La Réunion
Du 11 avril 2026 au 17 juillet 2026
Vernissage le 11 avril 2026 18:00
Parcours de l’exposition : MAILLER, exister
L’exposition se déploie comme une traversée physique et philosophique, un maillage entre l’espace d’exposition, le geste de l’artiste et le corps du visiteur. Elle s’articule en cinq temps successifs :
1. Avant d’exister, il faut d’abord s’approcherLe parcours s’ouvre sur un espace aux allures de cabinet de curiosités qui dévoile l’envers du décor : les gestes de préparation, les mélanges, les tâtonnements et les tentatives. Cet espace met en scène l’atelier, ce qui demeure habituellement caché au public. Ici, la matière est observée, manipulée et expérimentée à travers un protocole presque scientifique, où l’ordre d’introduction des fluides (eau et huile) dicte la forme finale. C’est une invitation intime à entrer dans le secret des mélanges de l’artiste avant que le white cube ne vienne structurer le regard.
2. Exister, c’est trouver comment tenirLe visiteur franchit un seuil physique marqué par la présence d’un miroir brisé portant l’inscription manuscrite : « le liquide, bien souvent nous contient, et nous contenons un fluide que nous ne pouvons toucher qu’en nous blessant. » Le mot « toucher » est délibérément inscrit à l’infinitif plutôt qu’à l’impératif. Dans un contexte postcolonial comme celui de La Réunion, ce choix linguistique traduit une posture d’humilité : proposer plutôt qu’imposer. Le miroir n’est pas un simple réflecteur, il matérialise l’intra-action (théorisée par Karen Barad) : l’image du spectateur s’y actualise en temps réel, faisant de sa présence physique un agent constitutif du phénomène artistique.
3. Tenir n’est jamais acquisDans la grande salle, les sculptures s’érigent au-dessus d’un sol de sable. Ici, les fluides (eau colorée, huile, pigments) sont contenus et scellés dans du béton, suspendus dans un équilibre précaire qui défie l’horizontalité naturelle de l’eau décrite par Bachelard. Le sable, qui garde l’empreinte du démoulage, transforme l’espace en un site archéologique du futur. L’œuvre, devenue trace, interroge la fragilité du vivant, nos cycles de consommation et de recyclage, naviguant avec tension entre fascination esthétique et dégoût de la matière altérée. Une tension renforcée par un travail sur l’ombre portée (en écho au mythe de Platon), où l’ombre projetée fait ici pleinement partie de l’identité évolutive de la sculpture.
4. AnndanDerrière un voile translucide se cache un espace d’exposition obscur et intimiste. Anndan (l’intérieur, en créole) plonge le visiteur dans le processus brut de création. Des projections vidéo révèlent en gros plan les recettes de l’artiste. On y observe le comportement des liquides non miscibles qui, à l’image des cellules vivantes qui retiennent l’eau grâce à leur membrane lipidique, tentent de s’organiser pour faire corps.
5. Rien ne disparaît sans laisser de formeLe parcours s’achève sur la rémanence de l’expérience à travers la série photographique Pāhoehoe. Ces macro-photographies de fluides en mouvement saisissent l’instant où la matière échappe à sa propre disparition. En agrandissant l’infiniment petit, l’image transforme le mélange liquide en un paysage abstrait, une géologie de l’intime qui résonne puissamment avec le territoire volcanique et en perpétuelle création de La Réunion.