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Marché de l'art - comment Londres résiste au Brexit pendant que Paris gagne du terrain

Marché de l’art : comment Londres résiste au Brexit pendant que Paris gagne du terrain

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par Baratin
20 juillet 2026

Dix ans après le référendum sur le Brexit, le marché de l’art britannique continue de faire preuve d’une étonnante résilience. Si Londres conserve sa place de deuxième marché mondial derrière les États-Unis, les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pèsent désormais surtout sur les galeries, les marchands et les segments intermédiaires du marché. Pendant ce temps, Paris renforce progressivement son attractivité.

Dix ans après le Brexit, un marché de l’art britannique à deux vitesses

Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni votait en faveur de sa sortie de l’Union européenne. À l’époque, le secteur de l’art redoutait une perte d’attractivité de Londres, l’alourdissement des formalités douanières et une diminution des échanges avec les pays européens.

Dix ans plus tard, le constat apparaît plus nuancé. Malgré une succession de crises – pandémie de Covid-19, conflits internationaux, inflation et ralentissement économique –, Londres demeure un acteur incontournable du marché mondial de l’art. Selon le dernier Art Basel & UBS Global Art Market Report, le Royaume-Uni représente encore 18 % du marché mondial, contre 21 % avant le Brexit, conservant ainsi sa deuxième place derrière les États-Unis.

Pour Clare McAndrew, économiste spécialisée et fondatrice d’Arts Economics, la baisse observée depuis 2016 reste moins brutale que celle provoquée par la crise financière de 2008. Les effets du Brexit existent, mais ils s’ajoutent à un contexte économique mondial particulièrement instable.

Le très haut de gamme continue de prospérer à Londres

Les ventes prestigieuses organisées en juin 2026 confirment la solidité de la capitale britannique sur le segment du luxe.

La dispersion de la collection du milliardaire Joe Lewis chez Sotheby’s Londres a ainsi établi un nouveau record pour une vente aux enchères organisée au Royaume-Uni. Portée notamment par une œuvre d’Amedeo Modigliani, elle a totalisé 296,3 millions de livres sterling (près de 347 millions d’euros).

Pour Alex Branczik, président du département Art moderne et contemporain de Sotheby’s Londres, cette performance illustre la confiance persistante des collectionneurs internationaux.

Selon lui, Londres demeure le centre de vente le plus international de Sotheby’s après New York, capable d’attirer les plus importantes collections privées malgré le nouveau contexte réglementaire.

Les petites galeries supportent le coût du Brexit

La situation apparaît beaucoup plus difficile pour les galeries indépendantes et les marchands spécialisés.

Selon Paul Hewitt, directeur général de la Society of London Art Dealers (SLAD), les nouvelles formalités administratives ont profondément modifié le fonctionnement quotidien des professionnels.

Les œuvres circulant désormais entre le Royaume-Uni et l’Union européenne doivent souvent être accompagnées de carnets ATA, faire l’objet de déclarations douanières et supporter des procédures d’importation temporaire beaucoup plus complexes qu’avant 2021.

À ces contraintes s’ajoutent les obligations issues de la réglementation contre le blanchiment d’argent, qui augmentent encore les coûts de conformité pour les petites structures.

Pour Thomas Woodham-Smith, ancien directeur de Masterpiece London, le Brexit a particulièrement « paralysé » le bas et le milieu du marché, tandis que le très haut de gamme dispose encore des ressources nécessaires pour absorber cette bureaucratie supplémentaire.

Des importations en nette baisse

Les chiffres publiés par Arts Economics illustrent cette perte de fluidité.

Les importations britanniques d’œuvres d’art et d’antiquités sont passées de 3,2 milliards de dollars en 2019 à 2,1 milliards en 2020. Si la pandémie explique une partie de cette chute, les nouvelles contraintes douanières ont durablement modifié les échanges internationaux.

Amanda Gray, associée au cabinet Mishcon de Reya, souligne que les collectionneurs et les galeristes supportent désormais des coûts supplémentaires liés aux contrôles douaniers, à la TVA à l’importation et aux multiples formalités administratives qui n’existaient pas avant le Brexit.

Paris profite progressivement du nouvel équilibre européen

Si Londres reste dominante, plusieurs villes européennes gagnent en attractivité.

Depuis l’arrivée d’Art Basel Paris en 2022, la capitale française est largement perçue comme la principale bénéficiaire de cette recomposition du marché européen.

Parallèlement, plusieurs grandes galeries internationales ont renforcé leur présence à Paris, tandis que certaines antennes européennes installées à Londres ont progressivement fermé.

Les chiffres de la Society of London Art Dealers sont révélateurs : parmi les galeries européennes membres de l’association en 2016, toutes avaient quitté Londres en 2026.

La concurrence s’intensifie également sur le plan fiscal.

L’Italie a récemment abaissé la TVA sur les ventes d’œuvres d’art à 5 %, renforçant encore son attractivité auprès des collectionneurs et des marchands internationaux.

Londres adapte son modèle économique

Face à cette nouvelle réalité, le marché britannique développe de nouvelles stratégies.

Les professionnels recourent davantage aux entrepôts sous douane, externalisent les formalités douanières auprès de spécialistes du transport d’œuvres d’art et investissent dans des outils numériques destinés à automatiser les procédures administratives.

Certaines galeries abandonnent également leur espace permanent au profit de modèles plus flexibles reposant sur des expositions temporaires, des partenariats internationaux et une présence renforcée dans les foires.

Selon plusieurs observateurs du secteur, cette évolution pourrait durablement transformer l’économie des galeries londoniennes.

Un leadership toujours solide mais davantage contesté

Dix ans après le référendum, le Brexit n’a donc pas provoqué l’effondrement annoncé du marché de l’art britannique.

Londres conserve son statut de grande place internationale grâce à la puissance de ses maisons de ventes, à son réseau de collectionneurs et à son rayonnement culturel.

En revanche, les acteurs les plus modestes subissent une hausse durable des coûts administratifs et logistiques. Dans le même temps, Paris, Milan et d’autres places européennes profitent progressivement des nouvelles règles du jeu pour attirer galeries, foires et investisseurs.

Le marché européen de l’art semble désormais évoluer vers un équilibre plus concurrentiel, où Londres demeure un acteur majeur, mais plus incontesté.


Pour en savoir plus

Principales sources :

  • Art Basel & UBS Global Art Market Report 2026
  • Arts Economics (Clare McAndrew)
  • Society of London Art Dealers (SLAD)
  • Témoignages de Paul Hewitt, Amanda Gray, Alex Branczik et Thomas Woodham-Smith
  • Analyses publiées en juin 2026 par The Art Newspaper et Ocula

FAQ

Londres est-elle toujours la deuxième place mondiale du marché de l’art ?

Oui. En 2026, le Royaume-Uni représente environ 18 % du marché mondial de l’art, derrière les États-Unis.

Quels sont les principaux effets du Brexit sur le marché de l’art ?

Le Brexit a entraîné davantage de formalités douanières, des coûts administratifs supplémentaires, une circulation plus complexe des œuvres et une hausse des charges pour les galeries.

Pourquoi Paris gagne-t-elle du terrain ?

L’installation d’Art Basel Paris depuis 2022, l’arrivée de nouvelles galeries internationales et un environnement européen plus intégré renforcent progressivement l’attractivité de la capitale française.

Le marché britannique est-il en déclin ?

Pas dans son ensemble. Le très haut de gamme reste très performant, notamment grâce aux grandes maisons de ventes comme Sotheby’s. En revanche, les petites galeries et le marché intermédiaire rencontrent davantage de difficultés.

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