Quand les territoires font bande à part au Palais de Tokyo : « Toi et ta bande » en 3 questions
2 novembre 2026
Du 21 octobre 2026 au 14 février 2027, le Palais de Tokyo accueille l’exposition collective « Toi et ta bande », sous le commissariat de Liza Maignan et la coordination de François Piron. Loin des trajectoires métropolitaines traditionnelles, le centre d’art rassemble une vingtaine d’artistes et de collectifs qui ont choisi d’ancrer leur travail dans les campagnes, les montagnes ou les territoires insulaires.
De la Bretagne aux Cévennes, du Limousin au Pays basque, en passant par la Corse et la Guadeloupe, ce parcours met en lumière la topophilie ce sentiment affectif et sensible qui lie les êtres aux lieux qu’ils habitent
Et si l’art contemporain déplaçait son centre de gravité ?
Pendant de longues décennies, les grandes capitales culturelles ont monopolisé la reconnaissance artistique, imposant l’idée que pour exister, l’artiste devait rejoindre les centres névralgiques. L’exposition prend le contre-pied de cette hiérarchie symbolique.
En s’installant dans les Cévennes, en Bretagne, en Corse, en Guadeloupe, dans le Limousin ou au Pays basque, les artistes invités démontrent que la périphérie n’est plus un espace d’attente ou un simple lieu de repli. Elle redevient un foyer autonome de création, capable de produire ses propres valeurs, ses propres récits et des dynamiques esthétiques affranchies des logiques de marché hyper-centralisées.

Pacôme Ricciardi, Causerie, 2024 Vue de l’exposition « Lazy Time », Treignac Projet, 2025. Courtesy de l’artiste. Photo : Sam Basu
Comment le territoire façonne-t-il la matière même des œuvres ?
L’exposition place au cœur de sa réflexion la notion de topophilie ce sentiment affectif et sensible qui lie les êtres à leur environnement. Ici, le paysage n’est jamais un simple décor contemplé à distance : il devient un milieu actif qui infuse la recherche plastique.
Le parcours donne à voir des structures et des modes de production en prise directe avec leurs écosystèmes :
- Au Pays basque, Artetxe (fondé par Bastien Cosson et Elsa Oliarj-Inès) réinvestit une ancienne coopérative agricole pour y associer ateliers, espaces d’exposition, café-librairie et magasin de producteurs.
- Dans le Gard, le Collectif Silo investit une ancienne cave coopérative viticole où la mémoire matérielle du lieu — notamment l’acoustique singulière des cuves en béton — participe directement à la création sonore.
- Dans les Hautes-Pyrénées, Le Transfo (installé à Aulon à 1 200 mètres d’altitude) ajuste ses résidences d’artistes aux rythmes et aux contraintes topographiques de la montagne.

Gina Proenza, Toi et ta bande, 2026. Vue de l’exposition / Exhibition view « Rêve générale », Treignac Projet, 2025. Courtesy de l’artiste / Courtesy of the artist. Photo : Sam Basu
Pourquoi la « bande » est-elle devenue la nouvelle infrastructure de création ?
Emprunté à une œuvre de l’artiste Gina Proenza inspirée d’un curieux procès médiéval intenté à des larves de hannetons, le titre Toi et ta bande interroge les formes d’appartenance et de mise en commun.
Face à la précarité des carrières et au coût des ateliers urbains, la figure romantique de l’artiste isolé s’efface au profit de communautés de vie, de travail et de lutte. Collectifs, chorales, groupes d’entraide ou associations (à l’image de Fossile Futur en Corrèze) partagent des espaces, des outils et des tâches quotidiennes. L’exposition montre ainsi que le collectif ne se contente pas d’accompagner le travail artistique : la manière de faire groupe, d’inventer des solidarités et de négocier le vivre-ensemble constitue l’expérience esthétique elle-même.

Angèle Dumont et Léa Lerma, Nocturama série, 2021-2026. Courtesy des artistes. © ADAGP, Paris, 2026
Informations pratiques
Toi et ta bande (exposition collective)
- Dates : Du 21 octobre 2026 au 14 février 2027
- Lieu : Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson, 75116 Paris
- Horaires : Ouvert de 12h00 à 22h00 tous les jours (sauf le mardi). Nocturne le jeudi jusqu’à minuit.
- Tarifs : 13 € (plein tarif), 9 € (tarif réduit). Gratuité sous conditions (notamment pour les moins de 18 ans).