Les Tanneries à Amilly : l’avenir du centre d’art contemporain questionné après l’élection d’un maire RN
3 août 2026
Le centre d’art contemporain Les Tanneries, à Amilly dans le Loiret, s’apprête à célébrer ses dix ans dans un contexte particulier. Depuis l’élection en mars 2026 du nouveau maire, Tom Collen-Renaux, membre du Rassemblement national, des interrogations se posent sur l’avenir de sa programmation, son financement et son fonctionnement. La municipalité assure vouloir préserver le lieu, tout en souhaitant engager une réflexion sur son évolution.
Les Tanneries, un centre d’art contemporain au cœur des débats
Créé en 2016 à l’initiative de la ville d’Amilly, le centre d’art contemporain Les Tanneries s’est installé dans une ancienne friche industrielle réhabilitée. Le lieu bénéficie depuis quatre ans du label « Centre d’art contemporain d’intérêt national », attribué par le ministère de la Culture.
En dix ans, Les Tanneries ont développé une programmation consacrée à la création contemporaine, tout en proposant des espaces d’exposition, une école d’art et des ateliers ouverts au public. Le centre accueille environ 12 000 visiteurs chaque année, dont une majorité réside à proximité d’Amilly.
Son fonctionnement repose également sur un financement public important. La commune d’Amilly est le principal financeur du centre, avec une enveloppe annuelle d’environ 500 000 euros. Selon les informations publiées par Le Monde, près de la moitié du budget global de l’institution provient ainsi de financements municipaux.
Cette dépendance au financement de la ville place aujourd’hui l’avenir des Tanneries au centre des discussions sur la politique culturelle locale.

Centre d’art contemporain Les Tanneries / Crédit photo Takuji Shimmura
Que veut changer la nouvelle municipalité ?
Élu maire d’Amilly en mars 2026, Tom Collen-Renaux a fait de l’évolution de la politique culturelle de la commune l’un des sujets de sa nouvelle mandature.
Pendant la campagne municipale, le nouveau maire avait notamment exprimé des réserves à l’égard de certaines orientations culturelles locales, notamment autour de l’art contemporain et de la musique baroque, jugés selon lui trop éloignés d’une partie de la population.
Depuis son élection, la municipalité affirme toutefois ne pas vouloir supprimer Les Tanneries. Elle souhaite plutôt réfléchir à l’évolution de leur projet et à la manière dont le centre peut s’inscrire dans la politique culturelle de la ville.
Dans un entretien accordé au Monde, le maire a notamment évoqué la possibilité d’ouvrir davantage le lieu à l’art moderne et à l’histoire du Gâtinais. Il estime également nécessaire d’examiner les dépenses de la commune et le coût de fonctionnement du centre, qui emploie douze équivalents temps plein.
À ce stade, aucune décision définitive concernant une baisse du financement des Tanneries n’a été annoncée publiquement. La municipalité indique qu’une réflexion est en cours.
Une commission culturelle pour réfléchir à l’avenir du centre
Pour accompagner cette réflexion, une commission extramunicipale consacrée à la culture a été mise en place. Elle réunit huit élus et quatorze personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants du monde culturel et associatif.
Son rôle est consultatif. La commission doit contribuer aux réflexions de la municipalité sur la politique culturelle d’Amilly et, plus largement, sur la place des institutions culturelles dans la commune.
Ces discussions interviennent alors que le centre d’art fête ses dix ans. Une période symbolique qui prend une dimension particulière dans le contexte politique actuel.
Lors du vernissage de l’exposition « Abstraction, abstractions ! », organisée aux Tanneries à partir du 30 mai 2026, le maire a déclaré vouloir préserver le centre d’art. Le directeur des Tanneries, Éric Degoutte, a de son côté évoqué un « temps singulier », tandis que le commissaire de l’exposition, Thierry Davila, a souligné l’importance de préserver cet espace dédié à la création contemporaine.

Vue de l’exposition Dispositifs-Mondes de Camille Sauer © Camille Sauer, 2026, ADAGP, Paris Photo : Jean-Christophe Lett
Pourquoi le financement des Tanneries est-il un enjeu majeur ?
Au-delà du débat politique, l’une des principales questions concerne le modèle économique et institutionnel du centre d’art.
Les Tanneries bénéficient du label Centre d’art contemporain d’intérêt national, qui reconnaît leur rôle dans le paysage culturel français. Une modification importante de leur projet pourrait avoir des conséquences sur ce label et sur les partenariats établis avec l’État.
Le maire d’Amilly a notamment évoqué la nécessité d’évaluer le fonctionnement du centre au regard de sa fréquentation et de son coût pour la collectivité. De leur côté, les défenseurs du lieu soulignent son rôle dans l’accès à l’art contemporain, son implantation locale et son rayonnement culturel.
La question dépasse donc le seul avenir d’un équipement municipal. Elle interroge plus largement la place de la création contemporaine dans les politiques culturelles locales et le rôle des collectivités dans le financement des institutions artistiques.
Une inquiétude grandissante dans le monde culturel
Depuis l’élection de la nouvelle municipalité, des inquiétudes se sont exprimées parmi des professionnels et des acteurs du monde de l’art concernant l’avenir des Tanneries.
Un collectif engagé dans le Loiret affirme notamment qu’une mobilisation citoyenne pourrait se préparer autour du centre d’art et de son dixième anniversaire. Ces éléments, qui n’ont pas encore fait l’objet d’une confirmation officielle, témoignent néanmoins des préoccupations qui entourent aujourd’hui l’institution.
La situation reste donc en évolution. La municipalité doit poursuivre sa réflexion sur la politique culturelle d’Amilly, tandis que les acteurs du monde de l’art suivent avec attention les décisions qui pourraient être prises concernant le financement et le projet des Tanneries.

Vue de l’exposition (Y)OUR SONG de Julie Chaffort à la Verrière – Photos ©Emile Ouroumo
Les Tanneries fêtent leurs dix ans dans un contexte politique inédit
L’année 2026 marque les dix ans des Tanneries, une étape importante pour le centre d’art contemporain d’Amilly. Mais cet anniversaire intervient également à un moment charnière pour l’institution.
Entre volonté municipale de faire évoluer la politique culturelle, nécessité de maîtriser les dépenses publiques et inquiétudes exprimées par une partie du secteur culturel, les prochains mois pourraient être déterminants pour l’avenir du centre.
Pour l’heure, aucune décision définitive concernant une transformation du projet des Tanneries ou une réduction de son financement n’a été annoncée. La réflexion engagée par la nouvelle municipalité devra notamment déterminer quelle place la ville souhaite désormais accorder à l’art contemporain et à cette institution créée il y a dix ans.